copier l’image : le rôle de la peinture


Il y a une question qui motive ma pratique artistique : quel rôle la peinture peut-elle jouer face à la prolifération instantanée des images ? Quelle attitude le peintre peut ou doit adopter quant à lʼimmersion diluée et mondialisée (ubiquitaire) du sujet dans le flux médiatique ? certe la question est assez banale, et les réponses sont multiples. et pourtant elle reste selon moi fondamentale. quant aux réponses possibles elles montrent une certaine angoisse que peut ressentir l’artiste face à l’abondance de techniques, de mediums et de d’images en tant que tels. cette angoisse est semble t-il constructive si elle ne bloque pas le créateur.

Mes propositions picturales interrogent des notions historiques et politiques présentes dans nos images contemporaines : Ainsi, des cartes de nations africaines (Afrique du sud et Angola) sont altérées et reproduites à lʼencre dʼécolier sur grand format. Des scènes médiatiques, tirées dʼune captation vidéo de lʼattentat éxécuté contre Benazir Bhutto, font lʼobjet dʼune série de peintures nocturnes. Une photographie dʼarchive de la guerre de Corée devient peinture édulcorée rose fluorescente. Des photocopies dʼimages photographiques de mégalopoles sont reproduites fidèlement. Des symboles politico-religieux encadrent une fragmentation abstraite traitée initialement par ordinateur... Ma pratique de peintre est fondamentalement une pratique de “copiste” qui se confronte à des images dégradées, dissolues dans les techniques de reproduction. Dans ma pratique lʼimage contemporaine nʼest pas la marque dʼune évidence ou dʼune transparence, mais semble au contraire être celle dʼune opacité et dʼune perte. Lʼentité même de lʼimage est prise par le peintre comme signe dʼun glissement négatif. Et la peinture se poste face à cet état des choses. Mes travaux constituent une métaphore d'une situation politique réelle : la ruine, entendue comme la finalité dʼun événement dʼeffondrement, est un de mes sujets de recherche picturale, ruine résidant dans les icônes flottant dans le réseau Internet et dʼautres medias. Entre fantasme et réalité sociale, la ruine est perçue comme une condition imaginaire de l'affaissement social. La ruine est aussi une situation de désert : le phénomène urbain et politique, dans leur dimension mondialisée, lesquelles nʼacceptent aucune limite dʼexpansion, est le symptôme même du désert, et celui-ci passe par sa mise en image continue. Mes peintures sont des résidus dʼimages, des images-témoins, des traces altérées dʼun désert. Des images dʼimages. Parfois des images dʼimages dʼimages. De fait, nous regardons quotidiennement une quantité astronomique dʼimages circulant dans les canaux médiatiques et révélant par ce biais la ville-monde incommensurable. La peinture est un medium idéal pour relever quelques indices iconiques de ce théâtre médiatique en admettant quʼelle sʻinterpose comme simple filtre, posant une certaine distance face aux images démultipliées.


CITATIONS :


[…] certes, en se retournant vers Eurydice, Orphée ruine l'œuvre, l'œuvre immédiatement se défait, et Eurydice se retourne en l'ombre ; l'essence de la nuit, sous son regard, se révèle comme l'inessentiel. Ainsi trahit-il l'œuvre et Eurydice et la nuit. Mais ne pas se tourner vers Eurydice, ce ne serait pas moins trahir, être infidèle à la force sans mesure et sans prudence de son mouvement, qui ne veut pas Eurydice dans sa vérité diurne et dans son agrément quotidien, qui la veut dans son obscurité nocturne, dans son éloignement, avec son corps fermé et son visage scellé, qui veut la voir, non quand elle est visible, mais quand elle est invisible, et non comme l'intimité d'une vie familière, mais comme l'étrangeté de ce qui exclut toute intimité, non pas la faire vivre, mais avoir vivante en elle la plénitude de la mort. » (Blanchot, L'espace littéraire)


« Tout doit s’effacer, tout s’effacera. C’est en accord avec l’exigence infinie de l’effacement qu’écrire a lieu et a son lieu » (Blanchot).


             L’écriture est une chute, dans un abîme sans fond où rien ne marque, ne s’inscrit : zone obscure sans point de chute. Hors du temps. Le sans-fond.


« Nous avons l’art pour ne pas sombrer par la vérité » Nietzsche.


« La compréhension que l’on a de l’art est inférieure ou supérieure à sa teneur en communication. » (Emmanuelle Ravel sur Blanchot).


« Quand l’image n’est plus ce qui nous permet de tenir l’objet absent, mais ce qui nous tient par l’absence même, là où l’image, toujours à distance, toujours absolument proche et absolument inaccessible, se dérobe à nous, s’ouvre sur un espace neutre où nous ne pouvons plus agir, et nous ouvre, nous aussi, sur une sorte de neutralité où nous cessons d’être nous-mêmes, et oscillons étrangement entre Je, Il et personne. » (l’espace littéraire, Blanchot).



Departement Amateur : normativité, répétition et décoration


La série et exposition Art Range est une prospection graphique autour des formes hiérarchiques du pouvoir politico--militaire. Une aspiration à la normativité politique, sorte de table de loi graphique basée sur la répétition de symboles. Le philosophe Louis Marin définissait le pouvoir comme ostentation de signes, comme exhibition de symboles, finalement comme représentation. C'est par une entreprise critique que Art range s'empare de la représentation propre au pouvoir et ses démonstrations esthétiques. La série intitulée Département amateur, présentée sous forme d'expositions murales, s'empare de cette esthétique du pouvoir afin de la convertir à l'art décoratif (papier-peints, affiches). missiles, roquettes et médailles deviennent les motifs ornementaux d'un environnement mural, ce qui a été finalement souvent le cas dans l’histoire, le pouvoir ayant lui-même convertit ses symboles de puissance en pure décoration. Cette recherche a été réalisée en association avec un environnement sonore électronique composé par Arnaud Caubel.



temps et image


Dans une démarche picturale, qui consiste à créer des images, la notion de temps semble être centrale. Construire une image c’est tenter d’entrer dans une durée, une mémoire, un passé. Il y a une temporalité de l’image qui échappe au regard, ou, au contraire, qui en émerge. L’image produite devient le moteur de recherche d’une certaine temporalité qui se constitue comme synthèse et unité, qui rassemble les choses. Plus que la quête d’un espace ou d’objets à représenter, on pourrait voir chez le créateur d’images une volonté d’exprimer le temps. “Sa beauté n’est jamais l’expression d’une singularité substantielle, mais une pure et fantomatique objectivité”. TIQQUN, Théorie de la Jeune Fille. Le pouvoir des images résiduelles servant de support à ma recherche réside dans une objectivité fantomatique de leur néant : un résidu spectral qui s’absente des attitudes de vie. Dans mes travaux, les signes orphelins du web m’intéressent pour leur perte de présence et de vie. En cela, ils s’évanouissaient dans une « fantomatique objectivité ». Leur « mise à distance » picturale les transforme en spectres iconiques.  Ici, les scènes d’émeutes, d’attentats ou de déflagrations urbaines me servent de prétexte à instaurer une temporalité « politique » de la ville : une éruption politique brutale transformant la temporalité de la ville, son ordre temporel. La ville changée en une sorte de spectre objectif. /

time and image (eng)

The notion of time is essential in an artistic process. Making an image it is like creating duration and memory. There is a time inside images that escapes from the look. The image’s time is like unity which gathers things. More than the quest of space it is a quest of time. My pictures (paintings, photos, posters) are like empty ghosts: pictures without life. In my work, I am interesting by the internet pictures which are radically lost inside the world-wide web: these are “orphaned” pictures without presence. My paintings are particularly haunted by those ghosts. in my work, riots, bombs attacks, deflagrations scenes – taken out from the web - are used like political eruption: a brutal outbreak encountering ghostly pictures. Usually, these scenes are urban landscapes. I am very interesting by the time which is included inside these city scenes; and I want to test my painting with this kind of time (a fierce time).



signes du pouvoir et signes hiérarchiques


En parallèle aux séries figuratives, mon travail tente d’établir une lecture politique et esthétique d’un ensemble de contraintes issu de notre monde contemporains : contraintes corporelles (masques d’hypocondriaques), contraintes visuelles (insignes militaires). Mes derniers travaux s’orientent vers la création d’affiches représentant des figures géométriques tels que des grilles, des carrés et des surfaces monochromes, ou bien des listes de motifs politico-martiaux. Ces images, épurées, se donnent comme des sortes de grilles de vision (tradition de la peinture moderniste abstraite) et aussi comme des écrans ou des tableaux informatifs quasi ornementaux, voir des labyrinthes. Ces créations numériques créent ainsi un contrepoint aux images tirées du web et peintes. Elles se donnent à voir comme nuanciers neutre et aseptisé mettant en avant la neutralité froide du gris et du noir. D’autres travaux (l’installation Tabula rasa, présentée au Fresnoy) « scénographiaient » des espaces de culte aux aspects new-age : ici le pouvoir se présentait comme espace d’endoctrinement et de rituel évanescent en parallèle à un défilement vidéo de symboles de souveraineté. Ainsi mon travail s’organise autour d’un questionnement visuel sur des normes politiques et culturelles, et s’apparente à un jeu iconographique autour des notions de pouvoir et de contrainte. De plus, la ville comme lieu privilégié de la mise en scène du pouvoir, est questionnée dans ses zones sombres, par le biais de la peinture.

Mon travail est fortement marqué par l’apport d’artistes critiques tels que Marcel Broadthaers et le groupe Art & Language, et leur réflexion pratique sur le rôle idéologique de l’art. Des auteurs comme Giorgio Agamben et Michel Foucault constituent des références philosophiques incontournables en parallèle à mes recherches.

power sign and hierarchic sign : ornemental design (eng)

In addition to these paintings, I work with notion of power and constraint:  Body constraint (medical masks), visual constraint (military signals, medals), and technological constraint (weapons and rockets). My last works are posters series which represent geometrical figures like grids, squares and lists. These diagrams are also ornamentals: the repetitive motifs create a decorative impression contrasting with the violent and hierarchic theme. The black and the grey neutrality of the diagram-labyrinths proposes a hieratic image of power. Indeed, I think the contemporary world is like a labyrinth, which exhibits its own rule and its signs system, in contrast with life (naked life as the philosopher Giorgio Agamben says in Homo sacer). My art work questions this problem, and the biopolitics difficulty of our time. Another works series draws up a thought about ritual space, “new-age” space: for exemple, in the installation Tabula rasa, the power is a holy space. This installation is like a community room which instructs and indoctrinates the viewers: two computers screens propose “new-ages” words and sovereignty symbols in motion. Thus, the subject of my work is the relation between power and art. It is such as a game practice in deal with power iconography. Furthermore, city is the place where power can reveals itself, and so is questioned by means of painting. 

My work is strongly influenced by artists as Marcel Broadthaers and Art & Language. Their thought and practice are a critic of art ideology. Giorgio Agamben and Michel Foucault are also philosophic references.



ruine, émeute et dissolution de l’image / ruin, riot and image dissolution (à venir)


L’image dissolue (a venir)


la gloire et le pouvoir : le rôle de la démocratie d’opinion comme version moderne de la gloire. (a venir)


image et guerre (a venir)


textes théoriques

(en construction)